« vant
même d’être surréaliste »,
Michel Leiris disait avoir été « fasciné
par l’espèce de linguistique amusante – comme
il y a une “physique amusante” –
que le futur et imprévisible académicien Jean
Paulhan, alors auteur des plus discrets, esquissait dans
son bref mais substantiel ouvrage, très mine de rien,
Jacob Cow le pirate ou Si les mots sont des signes. »
Autant dire que Leiris et Paulhan n’étaient
pas sans « lieux communs » :
l’un et l’autre, comme écrivains, s’attachèrent
tout particulièrement à la question du langage ;
l’un et l’autre furent critiques littéraires,
critiques d’art et, à des degrés divers,
linguistes et ethnologues ; l’un et l’autre
s’intéressèrent à l’œuvre
de Raymond Roussel, Antonin Artaud, Laure, Jean-Paul Sartre…
Si l’on découvre, dans cette correspondance
quelques autres sujets de complicité, apparemment
plus futiles – les boules, la nage, la tauromachie,
les voyages, la peinture contemporaine –, il
est ici essentiellement question de l’œuvre de
Leiris, de ses relations réservées de jeune
auteur, puis d’écrivain confirmé, avec
l’attentif éditeur et directeur de revues qu’était
Paulhan.
Ainsi, à l’occasion de la publication de Miroir
de la tauromachie, le dialogue entre les deux hommes
trouve-t-il son point d’équilibre en même
temps que d’affrontement : « Je
trouve très forte et très juste, reconnaît
Jean Paulhan le 25 août 1939, votre tentative
d’explication par la bande de la beauté littéraire.
Ne pensez-vous pas, s’il est si rare de nos jours
d’attaquer franchement le problème littéraire
(je veux dire : d’expression), que la cause en
pourrait bien être – malgré tant
d’apparences contraires – qu’il est
aussi le plus dangereux ? » À
cette réflexion de l’auteur des Fleurs
de Tarbes, Michel Leiris fait un sort : « Le
problème littéraire représente-t-il
un vrai danger, c’est ce que je me demande…
L’une des grosses questions qui m’embarrassent
depuis longtemps est la suivante : où trouver,
dans l’écriture, quelque chose qui soit l’équivalent
de ce que sont les cornes pour le travail du torero ?
est-on bien réellement fondé à admettre
comme un équivalent de ces cornes tout ce qui est,
pour celui qui s’exprime, possibilité de “déchirement” ?»
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• Texte
établi, présenté et annoté par
Louis Yvert. Collection « Correspondances
de Jean Paulhan ».
• 23 photographies et fac-similés n. & b,
dont 2 « portraits-charges »
de Jean Paulhan et Michel Leiris par Maurice Henry. Annexes.
Tableau récapitulatif. Bibliographie. Index des personnes,
titres et périodiques cités.
• Edition originale, en novembre 2000. Tirage à
1 000 exemplaires. Impression sur Centaure ivoire 90 g., sous
couverture rempliée kraft.
• 13 x 21, 5 cm. 248 pages. Isbn : 2-912222-14-1.
• Prix de vente public : 28 €.
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