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François Mauriac, alors jeune romancier que Genitrix
(1923) avait fait connaître, La Nouvelle Revue
française était, comme il l’affirma,
« son évangile ».
Jean Paulhan, qui venait, en 1925, d’en être
nommé le rédacteur en chef, maintint et renforça
le lien avec l’écrivain, posément instauré
par Jacques Rivière. Mais Jean Paulhan ne se priva
pas de lui faire sentir que La NRF ne serait jamais,
pour lui, un lieu sûr ou acquis : dès
1928, André Gide, qui multiplie les flèches
contre la religion dans son Journal, reproche à
François Mauriac d’« aimer Dieu
sans perdre de vue Mammon » ; en 1930,
Jean Prévost et Marcel Arland ne sont pas tendres
envers ses livres dont ils ont à rendre compte ;
dans chaque livraison, François Mauriac peut déceler
une attaque contre le catholicisme qu’il représente :
« La Revue n’est plus cette rose des
vents que j’aimais malgré et contre tout »,
regrette-t-il en 1931, à la veille de fonder sa propre
revue qui n’arrivera jamais à faire contrepoids,
Vigile… Pourtant, il a conscience du rôle
très particulier que La NRF peut jouer pour
lui : « Vous êtes le seul mauvais
lieu, écrit-il à Jean Paulhan le 21 juillet
1936, où je puisse dire certaines choses... »
En février 1939, il n’est plus question de
double jeu : certainement à l’instigation
du directeur de La NRF, Jean-Paul Sartre attaque
de front le romancier à succès : « Dieu
n’est pas un artiste ; M. Mauriac non plus. »
La Résistance, dans laquelle ils s’engagent
tous deux, en compagnie de leur ami commun Jean Blanzat,
les rapproche, les rendant presque complices. Dans la lutte
contre les excès de l’Épuration, ils
sont également du même bord, malgré
quelques différends ponctuels. Mais en janvier
1953, La NRF, compromise sous l’Occupation
par Pierre Drieu La Rochelle, renaît de ses cendres
sous la direction de Jean Paulhan et Marcel Arland :
Mauriac, devenu de son côté le codirecteur
de la revue La Table ronde, s’en indigne,
raillant « cette chère vieille dame
tondue, dont les cheveux ont mis huit ans à repousser »…
La dernière décennie de leur correspondance,
plus clairsemée, mêle la politique, en particulier
la guerre d’Algérie, la littérature
érotique (Sade et Histoire d’O) et
la troublante réalité de la foi – cet
axe central de François Mauriac, que Jean Paulhan
ne cesse d’interroger ou de provoquer, parfois avec
malice, souvent avec gravité –, dès
ses premières lettres et tout au long de leur échange :
« Mais je ne cesserai pas de sitôt
de me demander, écrit-il le 21 avril 1943 :
François Mauriac aurait-il inventé le christianisme
(et quelle part en aurait-il inventée) si le christianisme
ne lui avait pas été donné ? (Peut-être
la question vous paraît-elle chimérique ?
Je m’assure pourtant que vous avez dû souvent
vous la poser.)»
Malgré des goûts littéraires divergents,
des convictions politiques et religieuses souvent opposées,
leur conversation épistolaire (293 lettres pendant
plus de quarante années) est vraiment celle de deux
« esprits libres et cœurs sensibles »,
comme le souhaitait François Mauriac. Elle prend
fin en 1967, un an avant la mort de Jean Paulhan, trois
ans avant celle de François Mauriac.
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• Édition
établie, introduite et annotée par John E. Flower.
Ouvrage publié avec le soutien de la Fondation La Poste.
• 293 lettres échangées. 11 lettres reproduites
en fac-similés. 2 photographies inédites en
n. & b. Index des personnes citées. Index des titres
cités.
• Édition originale : sortie le 19 novembre 2001.
Collection « Correspondances de Jean Paulhan ».
Tirage à 1100 exemplaires. Nouvelle édition
revue et corrigée, tirée à 800 exemplaires :
fin décembre 2001. Impression en caractères
Esprit, sur papier Minotaure ivoire 90 g., sous couverture
rempliée vert d’eau moucheté.
• 13 x 21, 5 cm. 376 pages. Isbn : 2-912222-15-X.
• Prix de vente public : 28 €.
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